Anne-Marie Renan

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Anne-Marie Renan portrait

Née en 1974, Anne-Marie Renan vit et travaille à Aix-en-Provence

La peinture d’Anne-Marie Renan est une PEINTURE DE SEUIL, non comme frontière mais comme espace liminal, zone de passage entre lumière et obscurité, entre apparition et effacement, entre ce qui se donne et ce qui se dérobe. Ses toiles se tiennent à cette lisière avec une constance qui définit l’ensemble de la pratique.

Cette peinture est avant tout une expérience intérieure, un moment transformatif, pour celle qui peint comme pour celui qui regarde. Elle ne cherche pas à représenter le monde mais à en restituer l’épaisseur sensible, cette épreuve de vérité intime que seul le temps long de la contemplation permet d’atteindre. L’œuvre convoque, absorbe, ralentit, installe une relation silencieuse à ce qui est là, notre propre présence, autant que celle de la toile.

Sa pratique se déploie en revenant sur les mêmes questions pour les porter toujours plus loin, et a trouvé dans le passage à l’huile une exigence nouvelle : celle de la lenteur. Dans la ritualisation du geste et des recouvrements, dans la logique sérielle et cette disponibilité silencieuse à ce qui vient, se révèle une véritable obstination plastique. Du geste affirmé des grandes toiles jusqu’aux séries les plus récentes où la lumière se retient et la matière s’apaise, c’est une même exigence qui traverse l’œuvre : radicale, sans concession.

Cette obstination n’est pas seulement plastique. Elle révèle une position existentielle. Ce qu’Anne-Marie Renan poursuit, c’est l’expérience intérieure, un dialogue ontologique entre ce qui nous ramène à la vie et ce qui nous en éloigne, rejoignant ce que Rilke nommait «l’invisible qui nous traverse ». Son travail s’inscrit dans la mémoire longue de la peinture, de ceux pour qui la toile pouvait contenir à la fois la chair et le spirituel, le visible et ce qui le déborde, depuis la lumière intérieure des Primitifs italiens, et de tous ceux qui, depuis lors, ont fait de la peinture une présence.

C’est enfin une peinture où vulnérabilité et radicalité ne s’opposent pas mais se répondent. Ce qui apparaît à peine, ce qui hésite encore à se donner, est aussi ce qui tient le plus fermement. Ses toiles ne fixent pas le monde. Elles maintiennent ouvert un espace à traverser, que seul le silence peut nommer.

« La peinture, pour moi, n’est pas un lieu où l’on montre. C’est un lieu où l’on veille. Je peins des portes »

« Chez Anne-Marie Renan, l’oeil semble d’abord caresser la ligne de force avant de plonger dans une vibration de couleurs et de lumière. Cette manière d’habiter la surface, sans jamais l’écraser, donne aux oeuvres une densité qui n’a rien de démonstratif, elle est celle du présence invisible. »

Jean-Baptiste Gauvin